Né
en 1950 à Frikat (Draâ El Mizan), le chanteur Hamel Saïd a la
particularité de s'être imposé dans la chanson kabyle par la brièveté
même de son répertoire. Des chansons phares comme fkigham ul iw et ulac
wi ar anechegaâ ad iruh ont marqué la jeunesse des années 1980… Il
décide de revenir sur la scène après l'avoir quittée durant de longues
années.
Hamel Saïd a vécu une enfance dans la guerre qui a touché de plein fouet
sa scolarité et sa famille. Son père est arrêté en 1958 par l'armée
française et incarcéré à la prison de Paul Gazelle (Berrouaghia). Il a
été accusé d'avoir collecté des fonds en faveur du FLN. La tâche n'a pas
été facile. Saïd, âgé d'à peine 10 ans, a été obligé de s'occuper de sa
famille. Après la libération de son père, en 1960, sa famille décide de
fuir les bombardements alors incessants en Kabylie. Elle s'installe à
Alger, dans le quartier La Cité La montagne : « Mon père fatigué et
malade n'a pas tardé à nous quitter. Que Dieu ait son âme. Devinez le
fardeau qu'il m'a légué et les multiples problèmes que j'ai dû affronter
seul. J'ai commencé à travailler, en si bas age, comme vendeur de pain
au marché du quartier. Quand on a la charge de la famille, on peut tout
faire pour subvenir à ses besoins, mais surtout pas chanter. »
Des débuts difficiles mais prometteurs
Souvent, avant la mort de mon père, je n'échappais pas à ses punitions
quand il me prenait « en flagrant délit » avec une guitare. Il la
cassait sur ma tête. Malgré tout, subjugué par la musique, Saïd a
fréquenté le milieu musical du chaâbi, style en vigueur à Alger avec
certains jeunes de la cité La Montagne. Comment a-t-il pu apprendre à
jouer de la guitare pour se mesurer aux cheikhs et créer un orchestre ?
: « Lors de notre évacuation du village vers le camp de la SAS, un
militaire qui se faisait appeler Gai venait nous voir avec sa guitare
presque chaque soir ; c'est avec lui que j'ai pu toucher le premier fil
d'un instrument de musique. Quoique le début de chaque chanteur de ma
génération, c'est le bidon d'huile appelé alors «bidon amaricain » qui a
servi de base à la fabrication d'un instrument de musique. J'ai pu,
ainsi, m'initier aux mélodies du terroir. En 1970, j'ai décidé de
m'approcher de plus près du vaste domaine de l'art et de la chanson en
particulier dont j'ai toujours rêvé. J'ai participé à l'émission « Les
chanteurs de demain » de la Radio Chaîne 2 présentée à l'époque par
Medjahed Mohamed. En fait, il a beaucoup apprécié ma façon de jouer au
luth. Les quelques chansons que j'avais composées et chantées, à
l'exemple de Fkigham ul iw qui a beaucoup fait de bruit, surtout au sein
de la jeunesse. »

Il crée un orchestre
Au quartier La Montagne, Hamel Saïd crée un orchestre chaâbi avec un
certain Cheikh M'hend, un maître qui a côtoyé les grands artistes en
France lorsqu'il était émigré. De là, il se lance sur la scène : « Je me
souviens comme si cela datait d'hier, en 1969, j'ai participé dans un
gala donné à la salle El Mouggar aux cotés de Amar Kobbi, Terkmani
Slimane, Slimani et beaucoup d'autres. Nous étions honorés par la
présence dans la salle d'éminentes personnalités du monde de la culture
telles Kateb Yacine, Mouloud Mammeri et bien d'autres. »
Le 5 juillet en 1972 fut sa première apparition en public au village de
Mouloud Feraoun, à Tizi Hibel. Il chante aux côtés de nombreux autres
artistes : Amar Kobbi, Said Freha, Bouznad Mohand Ameziane, … etc.
Durant près de 40 ans de carrière, Saïd a évidemment, comme tout
artiste, connu d'énormes difficultés dans le domaine musical. Ce n'est
qu'à un âge quelque peu avancé, une fois acquis une certaine expérience
et au moment de mieux donner, qu'on est rattrapé par l'âge qui nous
invite à quitter la scène. Comme l'a si bien dit le célèbre flûtiste
Mahmoud Ouaza : « Au moment où j'ai commencé à maîtriser ma flûte, on
m'a signifié de quitter les lieux, c'est la retraite ».
Silence et retour
A la fin des années 1980, il a décidé de mettre en veilleuse toutes ses
activités artistiques. Après des succès comme « fkigham oul iw », «
Oulach wa anechegaâ ad iruh », Hamel compte reprendre la scène
artistique. Il prépare un nouveau produit qui sortira incessamment sur
le marché.
Par S. Abbas
source :
http://www.passerelles-dz.com/accueil.htm
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